

A l’occasion de la préparation de l’exposition photo sur le patrimoine caché bortois de l’été 2022, nous avons découvert dans les combles et les murs du clocher de l’église, des éléments témoins des états antérieurs de l’édifice, qui ont incités un travail de recherche sur les différentes phases de sa construction.
La plupart de ces éléments sont des vestiges de la période romane, qui permettent une nouvelle lecture de l’histoire du bâtiment et une réinterprétation des textes et données couramment admises à ce jour.
L’église de Bort est mentionnée dans de nombreux documents, mais qui se réfèrent et empruntent tous à trois sources principales qui sont :
- Le dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle, par l’Abbé J. B. Poulbrière également au 19ème siècle (archives diocésaines)
- Les travaux du chanoine Pau au 19ème siècle (collection Pau, archives départementales de la Corrèze)
- L’église de Bort, fascicule de 9 pages par Eugène Passien et qui n’apporte pas vraiment d’informations supplémentaires aux deux précédents.
Histoire de l’église de Bort
Il est fait mention dans une charte de 507, faussement attribuée à Clovis, mais qui est le plus vieux texte mentionnant notre ville, d’une « bohortus capella » c’est-à-dire un lieu de culte à Bort. En 959 un prieuré de Bénédictins est cité.
Autre citation en 1013, une « celle » issu du latin cella qui désigne le sanctuaire d’un lieu de culte, dans ce cas, un établissement monastique.
En 1095-1096, il est question d’un prieuré disputé entre les abbés de La Chaise Dieu et Cluny. Le différend entre ces abbayes importantes montre l’intérêt financier de la ville, lieu de passage et de commerce. Initialement dépendant de la Chaise Dieu, comme les prieurés voisins de Vignonet au sud et Port Dieu au nord, celui de Bort sera attribué à Cluny par arbitrage des archevêques de Bourges et Lyon. C’est donc sous la tutelle de cette abbaye illustre que l’église romane de Bort aurait été édifié vers 1130. On retrouve dans le dictionnaire des paroisses du Diocèse de Tulle, des témoignages de la richesse du prieuré de Bort, grâce à la liste des abbés prestigieux qui en ont occupé les fonctions.
À l’origine, l’église paroissiale était une chapelle, aujourd’hui disparue, située à St Thomas. L’église du prieuré de Bort, devient paroisse tardivement au 14 ou 15ème sicle selon les auteurs.
L’architecture du bâtiment actuel date, pour l’essentiel, de la fin du 15ème siècle (1470), ce qui correspond à la période de prospérité qui a succédé à la guerre de 100 ans. Le prieur Pierre de Balzac est le grand artisan de la reconstruction des 3 nefs et du clocher mais aussi du pont sur la Dordogne.
De nouveaux travaux ont été entrepris au 19ème siècle, notamment réfection de la façade ouest, en 1988, rénovation de la toiture de la nef et construction de la chapelle sud, dédiée à St Germain et St Remède les patrons de l’église, en lieu et place de l’ancienne sacristie, encore visible sur un ancien plan. Une campagne de restauration a également eu lieu au 20ème siècle.



Coupe longitudinale de l’église existante
Analyse de l’édifice
Ce qui est le plus étonnant à l’intérieur de l’église, c’est la faible présence, en remploi, d’éléments d’architecture sculptés. Seuls 6 colonnes et 9 chapiteaux romans, dont rien ne prouve qu’ils soient en place, sont visibles, ainsi que 3 chapiteaux réemployés comme supports de statues ou autel. On a l’impression que suite à la destruction de l’église romane dans des circonstances aujourd’hui inconnues, le reste des vestiges, et notamment ceux travaillés, ont été éparpillés, peut-être après un abandon momentané du site, avant les travaux du 15ème siècle.




Partie de colonnettes en marbre dans l’entrée
On remarque cependant un remploi, dont on peut douter qu’il soit local et qui pose question. Il s’agit de deux fragments de colonnettes en marbre, à l’intérieur du porche d’entrée. Ce sont les seules traces de marbre dans l’église et, à notre connaissance, dans le reste de la commune. Un des éléments comporte un astragale, moulure que l’on trouve en partie haute des colonnes dans l’antiquité romaine, mais à la base des chapiteaux dans l’art roman. O n peut donc supposer une origine gallo-romaine pour ces deux futs de colonnes.
Ensuite, on constate à l’extérieur de l’édifice d’autres éléments au chevet et en fondation de l’édifice. Le soubassement du contrefort d’angle sud-est, montre 2 blocs de pierre en remploi, l’un entaillé d’une rainure et l’autre avec un trou de louve non centré dans le bloc, prouvant que celui ci a été retaillé. Il s’agit de vestiges d’une construction antérieure au 12ème siècle, peut-être, là aussi d’époque gallo-romaine.

Sous le contrefort de l’absidiole sud, on notera dans ce soubassement le remploi de deux pierres de taille avec mortaise et trou de louve pour préhension.


On remarque dans la répartition des volumes, une dissymétrie entre les plans des absidioles nord et sud. La première ayant la forme d’un arc allongé, alors que la deuxième est composé de trois pans coupés. Quant à l’abside centrale, que l’on voit souvent en demi-cercle dans ce type d’édifice, elle est ici aplatie comme une anse de panier.
La travée précédant l’abside, montre des appareillages de maçonneries grossières, dont les murs d’une épaisseur de 1m50, percés de 2 hautes baies en plein cintre¸ donnent l’impression d’une construction primitive, peut être antérieure . On verra plus loin qu’il n’en est rien et que ces maçonneries correspondent à un remplissage, probablement au cours des grands travaux du 15ème siècle.



La chapelle sud, comme on l’a dit plus haut, a été édifiée au 19ème siècle. Cela est confirmé par la qualité des maçonneries récentes. En fait, elle a été construite sur le modèle de la chapelle nord dont elle a récupéré la fenêtre axiale, témoin du gothique flamboyant. En effet, on voit que les pierres, sur cette dernière, sont plus usées que le reste de la façade. Il n’y a pas de petites économies et la belle fenêtre de la chapelle nord a donc été débâtie et reposée dans un lieu plus noble, puisque l’espace entre le couvent et l’église, qui devait être un cloître à l’origine du prieuré, était certainement une cour intérieure privée au XIXème.
On a donc, pour ces chapelles, deux fenêtres différentes, tout comme les grandes fenêtres de la façade nord, qui à l’inverse des fenêtres sud, montrent des hauteurs différentes qu’on a de la difficulté à comprendre.

L’élévation de la façade sud du 19ème siècle (fonds Variéras aux archives départementales) montre bien l’ancienne sacristie et on retrouve la pseudo symétrie en plan de l’édifice, pour le porche d’entrée, auquel répond au nord-ouest un appendice. Ce local qui sert aujourd’hui de chaufferie, montre sur sa façade nord une grande arche en plein cintre. On suppose que cet édicule a été construit au 15ème siècle pour servir d’entrée aux habitants, lorsque le rempart de la ville est venu se refermer sur la façade ouest, réservant l’entrée sud au clergé.

Au niveau du chevet l’organisation des volumes, n’offre pas plus de cohérence, que ce soit dans le plan, la disposition et la taille des ouvertures, mais aussi dans les élévations. L’abside et l’absidiole nord sont surmontées par des consoles de machicoulis, alors qu’il y a une simple toiture au sud. Seuls les soubassements en pans coupés proposent un semblant de continuité, mais, l’harpage des blocs au niveau de leurs liaisons, montre des traces de reprises.
L’absidiole sud a également été localement remaniée au 19ème, dont témoignent différents types de maçonneries.
Particularité aussi, la tour adossée à la chapelle nord, dont l’escalier à vis qui permet d’accéder aux combles et au clocher, a été interrompu. Antérieurement il desservait un étage supérieur correspondant à un probable chemin de ronde avec ses machicoulis, dont on parlera un peu plus loin.
A propos de la façade ouest, l’abbé Poulbrière,dans le dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle, fait une description des travaux en cours et à venir intéressante : « Sur cette façade on fera une porte monumentale surmontée d’une rosace et deux portes latérales s’ouvrant sur les bas cotés » En fait, soit il décrit un projet du 19ème qui n’a pas vu le jour, ou confond peut-être avec un état antérieur puisque la façade ouest prévue au siècle dernier (fonds Variéras des archives départementales), correspond à la façade actuelle.
L’église et l’enceinte de 1437
On ne connait pas le tracé des fortifications entre le boulevard du docteur Teyssier qui les longe et la tour d’angle du couvent. C’est en effet à partir de là que l’enceinte descend en ligne droite, bordé par le boulevard Voltaire vers la Dordogne.

Dans son fascicule, E. Passien dit la chose suivante sur l’église « au nord les restes d’une tour, rappellent que la ville fut fortifiée au 15ème siècle ». En fait c’est une erreur puisqu’il s’agit d’un escalier comme nous venons de le voir, et que les tours de l’enceinte semi-circulaires et ouvertes vers la ville, ont un diamètre bien plus important d’environ 5m.
La présence des machicoulis en façade nord et au chevet pose question, car la reconstruction de l’église est datée de 1470 alors que l’enceinte serait-elle de 1437. Tout d’abord sur cette façade nord, il faut imaginer un chemin de ronde au moins jusqu’à l’escalier à vis, qui comme on l’a vu plus haut, a été partiellement démoli.
Nous sommes confrontés à deux possibilités. Dans la première, l’enceinte en 1437, évite l’église qui est reconstruite en 1470 avec des machicoulis, auquel cas ils ont dû faire le tour de l’édifice pour constituer une église fortifiée, sinon ils n’ont pas de justification, sauf à protéger l’église vis-à-vis de la ville et ses habitants, ce qui semble illogique. Ou alors cette reconstruction de l’église en 1470 n’a pas concerné toutes les façades, en conservant certaines parties préalablement fortifiées.
Cette deuxième solution, qui semble la bonne, daterait ces ouvrages défensifs de l’église avant la fortification de la ville, constituant une première enceinte autour de l’enclos monastique. Celle-ci aurait été constituée d’une courtine est reliant le chevet à la tour du couvent, les bâtiments en retour, dotés de machicoulis, bordant l’espace au sud, et une autre muraille à l’ouest, jusqu’à la façade de l’église.

Il faut préciser que cette hypothèse nous est venue à l’esprit, avant de remarquer au-dessus de la liaison entre abside et absidiole sud, un bloc de pierre, saillant du parement supérieur et qui fait penser à un arrachement de maçonnerie, vestige de ce rempart. D’ailleurs on constate sur le plan, qu’en prolongeant la façade est du couvent, on arrive parfaitement au niveau de cette liaison. D’autre part, plusieurs consoles de mâchicoulis portant l’égout de toiture de l’abside, semblent récentes, ce qui prouve un remaniement partiel du couronnement du chevet. Ensuite il faut imaginer un chemin de ronde sur la façade nord, jusqu’à l’escalier à vis, se refermant sur la façade ouest.
Concernant la tour d’angle du couvent, on remarque que les consoles des machicoulis sont en bois, et donc certainement antérieurs à ceux en pierre et au 15ème siècle. Il est vraisemblable que cette sorte de donjon, placée en limite de la pente, soit avec l’église romane un des tous premiers édifices de cette partie de la ville.
La logique qui se dégage est que la fortification de la ville a repris une partie de l’enclos monastique préexistant. D’ailleurs on note une surépaisseur dans le mur ouest du porche de l’église, qui est de même largeur que celle de l’enceinte, autour de 1m50. Il est donc vraisemblable que le tracé de l’enceinte se confondait, au moins partiellement avec la façade ouest, dont on sait qu’elle a été refaite au 19ème.
Ce fait est corroboré par un autre plan, bien que schématique, de Bort dans son enceinte qui montre très clairement l’église et le couvent intramuros.

Les vestiges romans
Comme on l’a déjà dit, l’église romane de Bort n’était pas paroissiale, mais appartenait à un prieuré, avec probablement un cloitre et des bâtiments conventuels. Leur édification a surement été financée sous l’autorité de l’Abbaye de Cluny, et on peut supposer, comme pour les autres grandes églises prieurales de ce type que l’ensemble de l’édifice était en pierre de taille.
En voyant l’état de conservation des églises romanes d’Auvergne, la quasi disparition de celle de Bort, n’est probablement pas à mettre sur le compte d’une mauvaise qualité de construction, mais doit probablement relever d’événements guerriers ou accidentels, dont nous ne savons rien à ce jour.
De cette époque subsistent à l’extérieur, les fondations, citées plus haut et les contreforts, dont la hauteur était peut-être plus importante. Par contre nous ne pensons pas que le chevet soit roman, ce que nous expliquerons plus loin, même s’il utilise probablement des maçonneries de l’église antérieure.

Dans l’église, les chapiteaux romans présents, constituent un témoignage. Ils sont au nombre de 8 : 6 au-dessus de colonnes et 2 en remplois comme petits autels. On peut rajouter un bloc support d’une vasque bénitier, présentant plusieurs perforations plus ou moins profondes. Il s’agit probablement d’un chapiteau imagé, qui a été grossièrement épanelé. A l’époque romane les décors, anthropomorphes ou animaliers, souvent inspirés des saintes écritures étaient nombreux, ce qui n’empêchait pas quelques chapiteaux à décors floraux ou rinceaux géométriques. Par la suite, on tend probablement vers plus de sobriété en privilégiant ces derniers au détriment des chapiteaux historiés. On aurait, dans ce cas, détruit le décor de ce chapiteau qui n’était plus au goût du jour.

L’absidiole sud est vue comme romane par plusieurs auteurs. Nous ne partageons pas cet avis pour plusieurs raisons : D’abord, pour les colonnes et chapiteaux qui les dominent on constate des reprises au niveau des fûts de colonnes partiellement monolithes, ou des tailloirs discontinus des chapiteaux. Il est donc vraisemblable qu’ils aient été remaniés. Ensuite, peu ou pas d’exemples de plan intérieur à pans coupés, pour des absidioles romanes en Auvergne ou Limousin.
Le seul ensemble roman visible actuellement dans l’église est celui qui se trouve à l’entrée du chœur, composé des deux colonnes, avec leurs chapiteaux a décors floraux, surmontés d’un arc en plein cintre de 44 claveaux. Comme nous le verrons, il s’agit là d’un arc diaphragme, transversal à la nef, qui était surmonté de 2 baies géminées. Cet arc est précédé d’un autre qui repose sur deux culs de lampe. Lui n’est pas roman, il s’agit d’un arc doubleau qui, avec les 4 autres de la nef, supporte la voute plein cintre du 15ème siècle. Peut-être que les 2 colonnes, les chapiteaux qui les surmontent ainsi que l’arc plein cintre à l’entrée de l’abside sont eux aussi en place, mais sans certitude.
En fait, les témoignages romans les plus intéressants se voient dans le clocher et les combles, à commencer par ceux de la nef. A la jonction entre l’extrados de sa voûte et le mur ouest du clocher, apparaissent les montants et l’arcature d’une baie, ainsi que le départ d’une seconde qui lui est jumelé.

Ces baies romanes se trouvent juste au-dessus de l’arc diaphragme que l’on voit dans l’église. On remarque aussi dans ces maçonneries une engravure oblique, prouvant qu’une toiture se trouvait là dans un état précédent, probablement la première couverture du 15ème siècle, juste au dessus de la voute de la nef.
Dans le comble sous la toiture nord, contre le clocher, apparait un grand arc longitudinal en pierres de taille composé, à en juger puisque sa partie basse nous échappe, d’un peu plus de 40 claveaux. Ce mur nord du clocher a été remanié et une des baies géminée, démontée et rebâtie plus haut, sert d’accès au clocher. Prenant ce passage, on retrouve à l’intérieur sur la paroi ouest la trace des baies vues dans les combles de la nef, mais on découvre sur le mur sud 2 autres baies géminées dans leur intégralité, l’une d’entre elles donnant sur un comble au-dessus de la chapelle précédent l’absidiole sud.
Il est évident, même si le temps en a supprimé une, que nous sommes en présence de 3 séries de baies géminées surmontant les arcs diaphragmes d’une croisée du transept avec la nef romane, comme on en trouve dans les églises majeures d’Auvergne comme St Nectaire, Orcival, Notre Dame du Port ou St Saturnin.
Pour confirmer cela, nous sommes descendus dans le comble de la chapelle sud, ou on découvre en élévation l’arc diaphragme du transept sud surmonté de ses 2 baies géminées. Celles-ci sont séparées par une colonne cylindrique surmontée d’un chapiteau lisse avec un tailloir décoré d’un cartouche sculpté. L’arc compte 44 claveaux comme celui présent dans l’église ainsi que, très probablement, celui au nord. On note pourtant une différence de largeur entre les 3 arcs diaphragmes, le nord et le sud ayant un diamètre de 5m, alors que celui de l’ouest dans l’église, fait 5m50. Cela se vérifie au niveau des hauteurs des baies géminées de ce dernier, qui sont 25cm au-dessus des baies sud.

Nous sommes donc bien, dans cette partie basse du clocher, à l’intérieur de l’ancienne croisée du transept de l’église romane, dont le plafond était au moins à 4 m au-dessus de la voute qui ferme aujourd’hui le chœur. Quant aux voûtes couvrant la nef et le transept de l’église romane, elles étaient au moins 2m au-dessus de celle de la nef actuelle.
Le chœur de l’église où se situe aujourd’hui l’autel n’était donc pas le chœur roman et les maçonneries grossières d’1,5m de large qui séparent ce chœur des chapelles latérales, n’existaient pas à cette époque. Par contre sur le plan structurel, la surépaisseur de ces murs, permet de récupérer la descente de charge du beffroi en bois support des cloches qui double l’intérieur des parois du clocher.
Autres vestiges visibles dans les élévations de ce dernier, des fenêtres sur trois niveaux différents, dont les dimensions varient entre 1m60 à 1m70 de haut pour 0m65 à 0m70 de large.

Le premier niveau, sur la façade est, correspond à un éclairage de la croisée du transept, débouchant au-dessus du toit du chevet de l’église. L’arc plein cintre, composé de 2 claveaux en pierre de taille de belle facture, nous indique qu’il devait être visible de l’intérieur. Cette ouverture ébrasée vers l’intérieur et excentrée sur la paroi, nous fait supposer qu’il y avait en fait 2 baies sur cette façade, comme nous le voyons par exemple à Orcival et ND du port alors qu’à St Nectaire et St Saturnin il y en a une seule. On aurait là une originalité pour notre église, puisque les 2 premières citées, ont leurs arcs diaphragmes surmontés de 3 baies géminées, alors que les 2 autres n’en ont que deux comme Bort.

Presque alignée sur la précédente, nous voyons, au-dessus, une ouverture est, appartenant avec d’autres en sud et ouest, à un étage de fenêtres éclairant le clocher. Voutées en plein cintre par une dizaine de claveaux, ces ouvertures se distribuaient deux par deux sur chacune des façades. Il est d’ailleurs probable qu’elles ne soient pas romanes car dans les autres églises citées, les baies des clochers sont de belle facture, géminées avec colonnes et chapiteaux. Un autre élément entretient ce doute, c’est la faible hauteur, 2m50, entre ces fenêtres et celle du dessous éclairant la croisée du transept. Cette dimension est trop faible pour bâtir une coupole sur trompes, couverture quasi systématique de ce type d’espace. On peut donc logiquement penser que ces baies correspondent à un 2ème état du clocher entre le 12ème et le 15ème siècle et imaginer, comme pour les autres églises déjà citées, un massif barlong surmontant la croisée du transept et intégrant une coupole sur trompes, le tout surmonté d’un clocher octogonal.
Pour cette éventuelle coupole sur trompe, nous mettons en annexe, l’analyse d’un texte de l’abbé Pau, à la fois plein de contradictions et visionnaire. Pour finir avec ces fenêtres, 3 ou 4 mètres au-dessus des baies décrites ci-dessus, on observe des vestiges beaucoup plus modestes, qui semblent être les montants en pierres de taille de 2 ouvertures, alignés sur les précédentes et correspondant probablement au 2ème étage d’ouvertures éclairant le clocher.
Comparaison à d’autres églises romanes, hypothèses de restitution.
Nous avons dressé un tableau comparatif des dimensions d’églises choisies en fonction de leur notoriété ou de leur proximité. Il se trouve qu’il y a une majorité d’exemples auvergnats, les éléments retrouvés à Bort, se rapprochant de ceux-ci, mais aussi faute, à proximité, d’églises romanes limousines dont les modèles architecturaux sont très différents de ceux d’Auvergne.

Malgré le peu d’éléments qui subsistent de l’église romane de Bort, cette étude nous montre qu’il s’agissait d’un édifice majeur, dont les volumes intérieurs étaient bien plus importants que l’église actuelle. Les vestiges découverts apparentant Bort aux grandes églises romanes d’Auvergne.

Si on fait les rapports entre les longueurs de la nef et les longueurs totales des différentes églises, celle de Bort devait faire entre 8 et 10m de plus que l’actuelle. Ce qui mettrait l’extrémité est en limite de la forte déclivité vers le marché couvert, et on pourrait même imaginer une crypte sous le chevet comme à Orcival. C’est d’ailleurs cette dernière, après comparaison des longueurs et largeurs des édifices, qui s’approche le plus de ce que pouvait être l’église romane de Bort.
Les restitutions que nous proposons s’appuient donc sur l’existant et les comparaisons avec ces autres églises régionales bien connues. Pour le plan, la seule certitude concerne la nef et les collatéraux actuels très certainement correspondants aux structures originales, le chevet étant lui extrapolé à partir des modèles cités plus haut. Quant à l’église de Mauriac, la plus proche et de dimensions proches de celle de Bort, si elle est dotée d’une croisée de transept avec coupole sur trompe surmontée d’un massif barlong et d’un clocher octogonal, elle n’a pas d’arcs diaphragmes et baies géminées, à la différence de Bort et des quatre autres précédemment citées.

Il est d’ailleurs intéressant de noter les caractéristiques communes aux églises d’Auvergne qui en sont pourvues. Elles sont toutes dotées des mêmes éléments d’architecture au niveau du clocher, mais en plus, leurs bas cotés sont surmontés de tribunes et leurs chœurs sont ceinturés d’un déambulatoire avec dans la majorité des cas des absidioles rayonnantes, comme à St Nectaire, Orcival et Notre Dame du port à Clermont. Si on applique ces caractéristiques à l’église de Bort, celle-ci aurait été la plus grande église romane de notre petite région, tant pour le côté limousin qu’auvergnat et on peut imaginer que l’église romane de Bort devait ressembler à la basilique d’Orcival ci dessous.


A.G. Magdinier, août 2023
Bibliographie
- Auvergne romane par Bernard Craplet, Editions du Zodiac, 1972,
- Limousin roman, ouvrage collectif, Editions du Zodiac 2ème édition 1974,
- L’église de Bort par Eugène Passien, dans Lemouzi n° 35 et 36, année 1970
- Description de l’église de Bort par l’abbé J.A. Pau vers 1870, archives départementales de la Corrèze, série F (4F 13)
- Dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle par l’abbé J.B. Poulbrière 1ère édition, Tulle 1894.
- Saint Germain, de Constantinople à Bort par J.L. Lemaitre catalogue d’exposition du Musée du pays d’Ussel, 1999
Annexe 1, questions et recherches futures :
A l’issu de ce travail de nombreuses questions restent aujourd’hui sans réponse :
- Y avait-il une coupole sur trompe dans la croisée du transept, et quelle était la forme et la hauteur du clocher.
- Y avait-il une tribune sur les bas-côtés, un déambulatoire avec absidioles rayonnantes et peut être une crypte ?
- Y avait-il un narthex prolongeant la façade ouest dont les fondations romanes dépassent de l’actuelle.
- On trouve à Mauriac, mais aussi à Meymac, des communications entre travée d’avant chœur et absidioles, semblables à celles du chœur actuel à Bort. Peut-être ont-elles été récupérées puis remontées dans les remplissages sous les arcs diaphragmes ?
- La couverture de la nef était-elle une voute maçonnée ou une charpente bois comme au Chambon sur Voueize en Limousin, ou à Ebreuil en Auvergne, ce qui ouvre une possibilité de destruction par le feu, vu la quasi disparition de l’église romane, même si nous n’avons pas constatés de traces d’incendie sur les maçonneries en place ?
Pour les investigations sur les parois interne du clocher, l’ossature bois du beffroi support des cloches, rend leur lecture difficile mais une analyse plus fine pourrait apporter des données supplémentaires. Par contre pour le plan roman, la vérité se trouve dans le sol autour de l’église dont les abords ont été récemment refaits. Il faudra donc patienter quelques dizaines d’années, pour peut-être ajouter une page à l’histoire de Bort et de son église.
Annexe 2, hypothèses de restitutions :
Elles ont été établies par comparaison avec les quatre églises romanes auvergnates qui se rapproche le plus, à notre avis de ce que devait être celle de Bort : St Nectaire, Orcival et Notre Dame du port à Clermont. Pour chacune, nous avons établis un rapport entre la longueur de la nef et la longueur totale en œuvre de l’édifice. De ces quatre chiffres variant de 2 (Orcival) à 1,7 (ND du Port), nous avons obtenu la moyenne de 1,82, utilisé pour Bort. Cela nous donne pour une nef de 22,70 mètres, une longueur totale de 41,5, alors que la longueur actuelle est de 32,5mètres.
Annexe 3, texte de l’abbé Pau :
Il est intéressant de relire l’abbé Pau dans sa : « Description de l’église St Remède et St Germain de Bort les Orgues.
L’église est à l’intérieur un des beaux monuments religieux du diocèse de Tulle. C’est même une église originale présentant aux regards de ceux qui la visitent un type très curieux d’architecture romane auvergnate, alliée au gothique de la troisième période.
Cet édifice se compose d’une nef principale romane, de deux nefs latérales gothiques et d’un chœur quadrilatéral qui se termine par une abside semi circulaire. Cette abside est surmontée d’une demi coupole. A droite et à gauche sont deux chapelles en style roman, qui communiquent avec les nefs par une ouverture de 1m50 de large et avec le chœur par une arcade aujourd’hui maçonnée…/… Dans le vide laissé entre les arcades des chapelles et celles de la grande nef et du sanctuaire, s’élevait autrefois une voute Byzantine. Elle a été abattue et remplacée par une voute en berceau à l’époque de la reconstruction presque générale de l’église de 1475 à 1500…/… La nef principale s’élève à 14m10…/… Il est à remarquer que les colonnes romanes du chœur ainsi que leurs bases et chapiteaux sont engagées dans une construction de date postérieure. Elles supportent des arcs doubleaux simples qui ont été formés par les arcades de l’ancienne coupole…/… Le chœur et son abside sont du milieu du XIème siècle les chapelles moins leurs absidioles ont été reconstruites vers le commencement du XVII probablement dans le temps ou la coupole du chœur fut détruite et où l’on se décida à élever au lieu et place de la tour romane, la flèche élancée qui domine à cette heure la ville de Bort… »
Dans ces extraits, plusieurs choses interpellent et certains propos paraissent contradictoires :
- L’abbé Pau donne la nef actuelle (celle qu’il a connu au 19ème) comme romane avec une hauteur de 14m10, alors qu’elle date du 15ème et fait en réalité 10m80. Deux erreurs, mais 14m10 aurait pu être la hauteur de la nef romane.
- Il a compris, vu ou lu quelque part, que des maçonneries ont rempli les arcades préexistantes entre le chœur et les chapelles ; que les colonnes chapiteaux et bases étaient engagés dans ces maçonneries postérieures, et qu’au-dessus du vide entre ces arcades, s’élevait « une voute byzantine » (on peut penser qu’il décrit là une coupole sur trompe, couvrement caractéristique de l’architecture byzantine).
- Il voit le chœur et son abside comme roman (XIème) alors a t’il compris qu’il s’agit en fait de la croisée du transept ?
- A-t-il vu les arcs diaphragmes et baies géminées dans le clocher et correspondent-ils aux arcades dont il parle. On peut en douter quand il écrit « Elles supportent des arcs doubleaux simples qui ont été formés par les arcades de l’ancienne coupole… », alors que celle-ci devait être plus haute, car au-dessus des baies géminées.
En fait il y a un côté visionnaire dans sa description de la « voute byzantine », sans, semble-t-il, la compréhension des volumes qui allaient avec. A-t-il eu accès à un texte médiéval traitant de l’architecture de l’église de Bort ? Y a-t-il eu deux coupoles à deux époques différentes ?
